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Le revenu de base comme reconnaissance du partage

par admin, le 4 octobre 2012, dans Eco-social, 4 commentaires
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Entretien avec Stanislas Jourdan

Stanislas Jourdan est journaliste pour Ouishare.net et activiste pour le revenu de base inconditionnel en France. Il est l’un des initiateurs du site revenudebase.info et membre du comité de citoyens européens pour l’initiative citoyenne européenne pour un revenu de base à l’échelle européenne.

Selon l’idée du revenu de base prôné notamment par les sphères libérales, les Grecs ne seraient pas aujourd’hui confrontés aux mêmes difficultés si un système de revenu de base avait été mis en place il y a une trentaine d’années, quel est votre commentaire ?

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Stanislas Jourdan : Les Grecs reconnaissent effectivement qu’ils ont abandonné la politique aux politiciens, au pouvoir, à l’oligarchie. Une des idées fortes du revenu de base, c’est de donner du pouvoir aux citoyens par le revenu afin qu’ils puissent avoir des activités autres que simplement travailler dans le secteur marchand. Si un revenu de base avait été créé en Grèce il y a trente ans, on peut imaginer qu’il y aurait eu une force de la société civile beaucoup plus importante. Et cela aurait sans doute évité certaines dérives et certaines formes de corruption.

Pour la Grèce, selon vos estimations, ce revenu de base est d’environ 200 euros, ce qui n’est pas beaucoup. Estimez-vous tout de même que les Grecs auraient pu mettre une partie de cet argent de côté et qu’ainsi ils auraient pu mieux faire face à la situation aujourd’hui ?

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Je pense que le fait d’avoir un revenu de base qui découple une partie du revenu par rapport à un travail salarié donne plus d’opportunités à tout un chacun de s’impliquer dans autre chose que seulement des entreprises, que seulement la survie, en fait. C’est-à-dire s’impliquer dans des associations, dans des mouvements politiques, dans son quartier. Le revenu de base n’est pas seulement une distribution d’argent, c’est une distribution d’opportunités en quelque sorte. Puisque l’argent permet d’avoir des opportunités.

Et ailleurs en Europe, à combien est estimé ce revenu de base ?

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En Allemagne, on parle d’environ 1 000 €, en France entre 400 et 800 €, en Grèce, 200 €.

A partir du moment où les personnes perçoivent un revenu de base, qu’est-ce qui vous dit qu’elles vont s’investir en politique ou plus au service de leurs concitoyens ?

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Je ne pense pas que tout le monde va tout de suite travailler pour le bien commun. Par contre, ceux qui, aujourd’hui, voudraient le faire, le pourraient. Et aujourd’hui, il y a plein de gens qui veulent changer le monde, seulement quand on n’a pas d’argent, on cherche un job avant de changer le monde.

Comment, selon vous, l’instauration d’un revenu de base à une échelle nationale, voire européenne permettrait mieux aux citoyens de faire face à la crise ?

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Ce qu’on voit avec la crise aujourd’hui, notamment dans les pays très affectés comme l’Italie, le Portugal, la Grèce ou l’Espagne, c’est le développement de l’économie informelle. L’économie au noir, le troc. C’est bien pour ceux qui n’ont pas d’emploi, c’est un peu la roue de secours de l’économie. Sauf que cela signifie aucune protection sociale puisque ce n’est pas déclaré, une situation précaire. Au niveau plus macroéconomique, quand les gens commencent à développer l’économie informelle, cela représente des pertes de revenu fiscal pour l’Etat et une création de richesse qui n’est pas comptée dans le PIB. Cela pose donc énormément de problèmes pour les gouvernements. Le revenu de base, lui, permet de davantage prendre en compte cette économie informelle et de monétiser certaines activités qui se déroulent aujourd’hui sans argent. En Grèce, les gens s’entraident, utilisent des monnaies complémentaires, font du troc. Tout ça représente de la création de richesse mais comme les gens n’ont pas d’argent, ils n’utilisent pas d’argent pour le faire. Et si demain on mettait un revenu de base en Grèce, on se rendrait compte que les gens utiliseraient plus d’argent déclareraient peut-être à nouveau ces activités-là.

La capitalisation de la solidarité ne va-t-elle pas à l’encontre de l’idée même de la solidarité qui est aussi fondée sur le troc, l’échange, les systèmes alternatifs et donc informels ?

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Ce n’est pas vraiment une capitalisation, c’est plutôt une monétisation ; c’est une reconnaissance du partage, du don. Cela a aussi de la valeur. Comme nous sommes dans un système où on ne peut se passer d’argent – les gens choisissent très peu de vivre sans argent. Quand les gens font du troc, c’est qu’ils n’ont pas le choix. Ils n’ont pas d’argent. Ils s’en sortent donc autrement. Mais comme tout le reste du système fonctionne avec de l’argent, au bout d’un moment, on est bloqué. Le revenu de base est donc plutôt une reconnaissance entière du fait que toutes les richesses ne sont pas marchandes, ne sont pas motivées par la recherche du profit. C’est aussi une reconnaissance qu’il y a d’autres formes de richesse, de valeurs dans l’économie qui échappent au système néo libéral et capitaliste. Je pense que c’est plutôt l’inverse.

Quelle est l’attitude des institutions européennes face à votre initiative ?

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On a soumis un premier texte avant l’été qui a été refusé par la Commission européenne. La Commission estime ne pas pouvoir prendre en charge les politiques sociales des gouvernements nationaux, puisqu’aujourd’hui, on n’est pas dans une Europe fédérale.

Au sein des institutions européennes et tout particulièrement au Parlement européen, c’est principalement le groupe Ecologie – les Verts qui pourrait soutenir ce genre d’initiative ?

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Oui, les Verts sont depuis longtemps moteur sur le sujet mais il y a aussi d’autres partis, même chez les libéraux, chez les chrétiens démocrates, il y a des personnalités qui sont intéressées. En France, nous avons par exemple Christine Boutin.

Pour en savoir plus :

- Le revenu de base comme solution à la crise ? Entretien avec Marc de Basquiat

- « Le revenu de base, une impulsion culturelle »

- L’histoire de l’idée du revenu de base, ses justifications économiques & philosophiques, ses partisans et la situation politique

- Un revenu citoyen pour tous ? retour d’expériences (Article Bastamag)

- Le site du POURS, collectif de gauche pour un revenu social

- Le site du BIEN (réseau mondial pour le revenu de base)

- Le site de l’AIRE

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