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Le revenu de base comme solution à la crise ?

par admin, le 5 octobre 2012, dans Eco-social, Un commentaire
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Qu’est-ce que le revenu de base ? Défendue par des universitaires comme Yoland Bresson et des économistes et des politiques d’inspiration libérale ou écologiste, dénoncée par les sphères anticapitalistes, l’idée d’une allocation de base, versée à tout citoyen européen et sans conditions était le thème central de la réunion du collectif Basic income earth network qui s’est tenue à Munich en septembre dernier. Ce vendredi, à Vienne, un appel à rassemblement en faveur du revenu de base a également été lancée par le mouvement autrichien Bunte Demokratie für Alle.

Entretien avec Marc de Basquiat

Décryptage avec Marc de Basquiat Ingénieur et économiste, il étudie depuis 15 ans le système redistributif français. Par ailleurs, Marc de Basquiat a travaillé dans plusieurs sociétés des secteurs de l’informatique et de l’énergie, plus particulièrement orienté vers l’optimisation des processus et de la gouvernance.

Pouvez-vous nous donner une définition courte du principe de fonctionnement du revenu de base ?

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Marc de Basquiat : Le revenu de base a été défini par le réseau « Bien » – « Earth Network », depuis longtemps. C’est donc un revenu versé par une communauté politique à toute population sur une base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie. C’est la définition minimale. Dans cette définition, on ne parle pas du financement. Il faut ajouter cette composante-là. C’est un revenu distribué et financé par une assiette fiscale la plus large possible parce que finalement, c’est un outil de redistribution.

C’est donc un gouvernement qui pourrait proposer ce revenu à ses citoyens ?

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Tout à fait. Sur base individuelle. On ne prend pas en considération le fait que l’on a une famille, 12 enfants ou 14. Chaque individu reçoit ce revenu de manière indistincte, quelque soient sa composition familiale, ses ressources – on peut être millionnaire ou rien du tout, ce n’est pas la question – on reçoit de la même manière et sans exigence de contrepartie. On ne vous demande pas de faire des travaux forcés en même temps !

Vous venez de tenir votre congrès à Munich, quels sont les résultats ?

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Beaucoup d’échanges ! Il n’y a pas de conclusion définitive. On peut toutefois retenir deux points : une attention de plus en plus forte sur les problématiques écologiques. Il y a des soucis écologiques pour lesquels le concept de revenu de base apporte des réponses. Deuxième point : la crise européenne que nous connaissons, en particulier dans la zone euro, a été analysée et Philippe von Parijs, qui est un des leaders du mouvement a fait une intervention très brillante en expliquant en quoi une zone monétaire ne pouvait être robuste qu’à condition d’y voir implémenté un système de transfert entre les personnes. Aujourd’hui, nous avons dans la zone euro des transferts entre les états, avec des grandes discussions, comme nous l’avons vu avec Sarkozy-Merkel ou Hollande-Merkel aujourd’hui. Toutes ces grandes discussions sont intéressantes mais pour que la monnaie puisse s’enraciner de manière profonde, il est indispensable de mettre en œuvre des transferts à un niveau interpersonnel. Pour cela, nous plaidons pour mettre en place un revenu de base européen, éventuellement sur la zone euro, ou plus largement sur la communauté européenne, un revenu de base avec un montant identique partout, avec un montant assez faible qui serait à réajuster par rapport à la capacité de la zone mais qui permettrait de signifier très concrètement l’appartenance à une identité économique commune.

Quelles sont les régions ou les pays européens qui s’inspirent de ce que vous préconisez ?

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Si on regarde la France, on voit que les différentes réformes qui ont eu lieu les dernières décennies ont permis de simplifier et de corriger un certain nombre d’anomalies. Par exemple, la mise en place du RSA a permis de corriger les anomalies que portait le RMI. A savoir, la trappe à pauvreté que constituait le RMI fait que si on prenait un travail on ne gagnait rien de plus, ce qui est une catastrophe. Avec le RSA, si on prend un travail à mi-temps, par exemple, on gagne plus que si on restait à ne rien faire chez soi. Avec le RMI, ce n’était pas le cas. Au niveau fiscalité, la mise en place de la CSG, il y a pas mal de temps, et le développement de la CSG, fait que maintenant, on a une fiscalité qui est de plus en plus proportionnelle au revenu. L’impôt sur le revenu est en décroissance, d’un point de vue global. Par contre, la CSG est en croissance. D’un point de vue redistributif, la redistribution française ressemble de plus en plus à un mécanisme basé sur une allocation universelle, donc un revenu de base distribué à tout le monde, et une imposition proportionnelle des revenus. Donc aujourd’hui, la fiscalité et le système de transfert français ressemblent énormément à un système qui combine revenu de base et prélèvement proportionnel sur le revenu. Aujourd’hui, sans le savoir, nous sommes déjà dans un système qui ressemble beaucoup à un revenu de base… mais nous ne le savons pas !

Nous sommes toujours en pleine crise, en quoi le revenu de base pourrait-il permettre aux citoyens européens de mieux y faire face à cette crise, très concrètement ?

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Quand on voit la situation des Grecs, tout le monde en est choqué. Si nous avions créé ce revenu de base européen il y a trente ans, nous aurions aujourd’hui une solidarité interpersonnelle à l’échelle européenne – nous Français, Belges, tous les pays concernés cotiseraient dans une caisse et les Grecs auraient au minimum ce revenu garanti qui est financé par la solidarité très concrète de la population de l’Europe. Aujourd’hui, nous n’avons pas fait ça. Nous avons fait un choix de transfert inter-état. Donc le citoyen voit juste les dépenses fiscales, il ne voit pas la générosité et la solidarité à l’œuvre dans ce transfert. Concrètement, nous aurions aujourd’hui un revenu de base européen, nous mettrions en place une solidarité vers les personnes en situation difficile dans différents pays.

Pour en savoir plus :

- Le revenu de base comme reconnaissance du partage, entretien avec Stanislas Jourdan

- Résumé de la thèse de doctorat de Marc de Basquiat « Rationalisation d’un système redistributif complexe – une modélisation de l’allocation universelle en France ».

- Revenu de base

- Allocation universelle

- Revenu d’existence

- Basic income

Pour le revenu de base :

- Pas d’Eurozone viable sans euro dividende (Article Le Monde.fr)

- Revenu de base, utopie ou nécessité ? (Article RTBF.be)

- La réforme préconisée par Marc de Basquiat pour la Francef

Contre le revenu de base :

- Le revenu de base fait peur à la gauche (Article Slate.fr)

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